All posts by tumult

À main armée (Alfredo M. Bonanno)

« Au fond, le problème est toujours celui-ci : personne ne nous fait des cadeaux, il n’existe pas de conditions faciles pour s’approprier les connaissances indispensables à l’action. penser l’arme seulement dans la dimension technique de son emploi, c’est une façon comme une autre de fuir le problème de fond de la connaissance critique, la mesure et la condition active de toute attaque contre l’ennemi de classe.

À main armée, c’est donc un problème de réflexion, un mouvement de la conscience, un moment, même extrêmement concentré dans le temps, où celui qui prend l’arme cherche à comprendre pourquoi il a choisi cette prothèse d’une violence et d’une agressivité particulières. »

Avril 2020 // 180 pages // 4 euros

Sommaire

Avant-propos
Clément Duval et le problème du vol
La fracture morale
Malatesta et le concept de la violence révolutionnaire
Alexandre Marius Jacob
L’ombre du justicier
Makhno et la question de l’organisation
Mourir innocents est plus enrageant
La bête insaisissable

 

Un extrait de l’avant-propos:

La véritable arme de l’homme, c’est la main.
L’homme est un animal que la nature a sélectionné avec une main qui a le pouce opposé aux autres doigts.
Un animal qui attrape, qui veut prendre, avoir du solide en main, faire sien.
L’arme, dans sa signification essentielle, est donc la prothèse qui augmente la capacité active de la main. En grec, « prothèse » signifie l’acte de mettre en avant. Quand on y pense bien, depuis les flèches dont les pointes étaient faites de morceaux de silex appointés, utilisées par nos lointains prédécesseurs, jusqu’aux armes sophistiquées d’aujourd’hui qui frappent à distance et multiplient par milliers la cible unique d’antan, le fil du développement technologique est unitaire et ininterrompu.
Se servir d’une arme est facile. Aussi l’imbécile peut donc s’armer. Plus encore, dans la majorité des cas, derrière l’arme se trouve presque toujours un imbécile, ou au moins quelqu’un qui y est contraint le dos au mur.
La société produit une marginalisation constante, son mécanisme impitoyablement compétitif pousse vers l’extrême périphérie de la survie une énorme quantité de personnes.
Le manque de travail n’est qu’une partie du problème, souvent c’est un lieu commun et un alibi.
Celui qui n’a pas de travail, s’arrange de quelque façon, réduit ses prétentions, réduit à l’essentiel sa demande de biens, se construit une niche dans la société qui, dans ce cas-là, est même prête à venir à sa rescousse, à l’aider avec une quelconque allocation misérable, mais elle veut toujours d’abord s’assurer de sa disponibilité de rester dans les rangs.
Le travail peut aussi consister à prendre des armes. Pensez au militaire, au policier, au garde du corps, ce sont des métiers où l’usage des armes est institutionnalisé et où l’on prévoit même une prime de risque en plus du salaire de base.
Celui qui le matin endosse l’uniforme, n’importe quel uniforme, qui met son arme dans sa poche et prend sa mitraillette de service, ne s’encombre pas de la moindre réflexion, ce sont des mouvements conditionnés, son métier a fait taire tout réflexe moral que son geste pourrait encore avoir à la lumière d’une petite réflexion.
À main armée, c’est donc un problème de réflexion, un mouvement de la conscience, un moment, même extrêmement concentré dans le temps, où celui qui prend l’arme cherche à comprendre pourquoi il a choisi cette prothèse d’une violence et d’une agressivité particulières.
Revenant à la question des prothèses, il me semble évident que même dans le choix le plus argumenté, il peut encore rester un brin de stupidité. Il n’y a jamais de collocation nette dans ce genre de choses. Rien n’est blanc ou noir. La vie est nuance et modulation, y compris dans la stupidité.
J’ai connu des compagnons dont j’appréciais la disponibilité humaine et l’engagement révolutionnaire, qui manipulaient avec une voluptueuse précision et une évidente satisfaction une arme, qui en caressaient l’acier brunâtre et lisse, qui en admiraient la structure et la puissance, un genre d’imbécillité plus répandu de ce que l’on pourrait croire, y compris parmi les compagnons.
Donc, entre la main qui serre l’arme et l’arme qui est serrée par la main, par la main qui l’accueille et la maîtrise, il doit y avoir un contact, une sorte de frontière psychologique, toujours présente dans la conscience de l’individu qui empoigne une arme, qui a décidé d’empoigner une arme.

Alfredo M. Bonanno

 

Anarchisme et insurrection (Alfredo M. Bonanno)

« Tirer le premier, le plus vite, est une vertu du Far West qui peut être utile à certains moments, mais il faut savoir utiliser sa tête avant, et utiliser sa tête signifie avoir un projet. L’anarchiste ne peut pas se contenter d’être un rebelle, il est un rebelle muni d’un projet. Il Va Donc devoir unir le cœur et le courage à la connaissance et l’ingéniosité de l’action. Ses décisions seront éclairées par le feu de la destruction, et alimentées dans le foyer permanent de l’analyse critique. »

Certains mythes qui continuent à hanter les révolutionnaires, doivent être démolis de toute urgence si nous ne voulons pas nous contenter de simplement chérir l’idée de la liberté. Ne craindre ni les ruines, ni le bouleversement total de l’existant, ne pas nous leurrer dans l’attente d’une prise de conscience généralisée ou d’une participation à des luttes enfermées dans la logique du pouvoir. C’est là que surgit la question de l’insurrection.

[Réédition de « Qui a peur de l’insurrection?« , ed. Tumult, 2012, épuisé]

mars 2020
176 pages – 4 euros

Voici l’avant-propos de l’éditeur

AVANT-PROPOS

Certes, la force subversive des désirs et des rêves ne peut pas être négligée. Personne ne peut souhaiter le bouleversement total de ce monde d’exploitation et de domination, simplement parce qu’il a faim. L’être humain et la liberté sont des choses bien plus complexes, qui ne peuvent se réduire à des questions d’estomac. Mais certains de ces mythes soutenus et nourris par l’histoire révolutionnaire, doivent être démolis de toute urgence si nous ne voulons pas nous contenter de chérir ces désirs, si nous voulons vraiment détruire l’existant. Ne craindre ni les ruines, ni la révolution sociale, ne pas nous leurrer dans l’attente d’une prise de conscience généralisée ou la participation à des luttes enfermées dans la logique du pouvoir. C’est là que surgit la question de l’insurrection : ces tentatives d’attaque contre le pouvoir, qui ne correspondent pas, pour autant, aux caractéristiques d’une véritable révolution sociale. Car attendre le « Grand Soir », attendre l’organisation des masses exploitées, attendre que la classe entière prenne conscience d’elle-même, nous éloigne plus que jamais de véritables perspectives pour lutter et attaquer.
Il n’est pas question ici, de prétendre qu’un certain nombre d’insurrections suffiraient à provoquer la grande subversion des rapports sociaux qu’est la révolution sociale ; l’histoire ne fonctionne pas avec des schémas additifs et une progression linéaire. Par contre, sans ruptures violentes, sans interruptions brutales de la reproduction des rôles sociaux de la domination, aucune transformation sociale n’est envisageable. Il s’agit alors de chercher, de comprendre et d’agir sur les terrains et dans les contextes qui nous permettent d’entrevoir la possibilité de telles ruptures. Il faut plus que de la bonne volonté ou de l’enthousiasme pour se préparer à l’insurrection, pour préparer l’insurrection. La question est complexe, sans cesse renouvelée, jamais résolue. Il s’agit d’appréhender un ensemble d’idées à approfondir, d’analyses à étendre, de méthodes à affiner ; bref, c’est une question de projectualité.
L’image idyllique et romantique de l’insurrection avec ses barricades, son peuple en armes, ses drapeaux et son ciel sans nuages relève bien sûr de ces mythes qu’il nous faut démolir. Les choses ne sont pas comme ça et ne le seront sans doute jamais plus. La conflictualité sociale est aujourd’hui confuse, mais parfois furieuse ; désespérée, mais parfois très destructrice ; diffuse, mais rattrapée en permanence par l’aliénation. Mais, c’est dans ce contexte, dans cet environnement toujours plus empoisonné, contrôlé et structuré par la domination et ses technologies, c’est avec cette population toujours plus aliénée et mutilée, toujours plus démunie de moyens d’expressions et de dialogue, qu’il nous faut élaborer ces projectualités insurrectionnelles. Et cela, sans aucune garantie de succès.
Mais chaque tentative a des conséquences qui vont bien au-delà du visible et palpable. Il ne s’agit pas d’entretenir un nouveau mythe, mais de promouvoir les expériences d’auto-organisation et d’attaque des individus qui s’insurgent contre le pouvoir, au-delà du temps et de l’espace de la domination — dans le cœur, le corps et le cerveau des gens. Seules ces expériences-là nous permettent d’espérer — ou mieux, de rendre possible — la pratique de la liberté.
Le projet insurrectionnel nous invite à nous débarrasser de l’un de ces grands mythes, qui réduirait la transformation sociale à une question quantitative. Le nombre suffirait à changer les choses et à transformer les rapports sociaux, la subversion serait une simple question de statistiques d’adhérents ou de dégâts occasionnés. Non, les choses ne sont pas comme cela, et elles ne l’ont jamais été. L’action révolutionnaire se situe dans un autre champ, celui de la qualité ; il s’agit de tendre vers des ruptures insurrectionnelles, qui feront surgir et pénétrer cette qualité dans la réalité de la domination. La critique explicite de la logique quantitative ne revient pas à prétendre que l’insurrection ne saurait être l’œuvre que de quelques poignées de révolutionnaires illuminés ; mais l’insurrection ne peut pas être envisagée comme un jeu de comptables, l’action minoritaire y joue un rôle déterminant. C’est pour cela aussi qu’aujourd’hui, les quelques poignées de révolutionnaires que nous sommes peuvent y réfléchir, s’y préparer et y contribuer.

* * *

Théorie et pratique ne peuvent pas être séparées, elles se confondent, s’influencent et se nourrissent réciproquement. Car la théorie ne peut pas avoir comme seul but de décrire la réalité, elle doit aussi être capable d’en tirer des perspectives, même provisoires et toujours incomplètes. Une perspective révolutionnaire ne peut jamais se résumer au simple résultat d’une somme de suppositions et de constats théoriques, elle rassemble toujours l’idée et l’action dans un ensemble plus ou moins cohérent. Les textes réunis dans ce livre sont nés justement de cette interaction. Il ne s’agit ni de modèles pour le futur, ni de recettes applicables à n’importe quelle situation, mais surtout de suggestions méthodologiques pour des compagnons qui veulent intervenir et contribuer à des ruptures insurrectionnelles. Le terme souvent vilipendé d’ « insurrectionalisme » renvoie donc tout simplement vers l’arsenal méthodologique dont disposent les anarchistes aujourd’hui pour contribuer à la création de conditions qui rendent l’insurrection possible. Les textes proposés ici constituent ainsi les fragments d’une recherche incessante s’efforçant d’analyser, de proposer, de critiquer cet arsenal. Cette recherche ne saurait se contenter ni de ce qui est, ni de réflexions théoriques déjà formulées, ni même d’expériences réalisées, elle doit continuer.
Les réflexions sur les méthodologies insurrectionnelles ne peuvent pas être séparées de l’élaboration d’un projet. Par projet, nous entendons l’ensemble toujours provisoire d’idées, d’analyses et de méthodes qui ciblent, qui sont projetés vers l’avenir. On ne peut certes pas prétendre que tous les anarchistes ont nécessairement un projet. Au contraire, les compagnons qui cherchent à élaborer un projet sont souvent une très petite minorité. Mais selon nous, c’est justement dans le projet que le faire peut devenir agir. L’élaboration et le développement d’un projet de lutte permet d’aller bien plus loin que la simple proclamation de notre anarchisme et les ondulations sur les vagues de la conflictualité sociale. Dire et expliquer que nous sommes anarchistes, que nous pensons ceci et cela sur tout et n’importe quoi ; se réunir dans un quelconque local, publier notre journal et assouvir notre indignation et notre colère de temps à autres sur une quelconque cible choisie au hasard, est très beau et peut-être parfois même agréable. Mais le développement de perspectives révolutionnaires et insurrectionnelles exige bien d’autres choses. Ces perspectives, aujourd’hui indispensables, ne peuvent naître que de projets de lutte, d’initiatives, si modestes qu’elles soient, qui cherchent à agir de façon cohérente sur la réalité de la domination.
On peut comprendre les réticences récurrentes face à de telles questions. De fait, nombre d’entre nous aimeraient que notre existence même, notre anarchisme, suffise, par la voie de l’exemple et de la prise de conscience, à subvertir les rapports de la domination. Lorsque les exploités ne nous « suivent » pas, nous voilà déçus à en devenir cyniques ; et si une partie d’entre eux s’enflamme, il nous est difficile de nous reconnaître dans leurs motivations supposées et nous nous sentons démunis face aux possibilités. Les réflexions proposées dans ce livre pourraient offrir quelques pistes pour sortir de ces impasses. Trouver des bases plus solides pour affronter la domination, mettre sur pied un projet de lutte, prendre l’initiative, même si les conditions sont loin d’être idéales, penser la révolte et l’insurrection dans des termes moins habituels… autant de suggestions pour trouver des angles d’attaque sur nos parcours. Car si l’on convient que tout ne peut pas dépendre de la bonne volonté, des bonnes intentions, de la spontanéité et des conditions historiques, certaines pistes de réflexion peuvent nous aider à construire quelques repères dans la mêlée. Et nous espérons alors que ceux qui, sur leurs parcours de développement d’idées et de révolte, ressentent le besoin et le désir de plus d’approfondissement, d’une compréhension plus précise des méthodes anarchistes pour engager la lutte, trouveront un intérêt à ces considérations.

* * *

A la fin des années 70, il devient clair, du moins en Italie mais aussi dans d’autres pays, que le soi-disant « deuxième assaut prolétaire au ciel » touche à sa fin. Tandis que l’Etat invite et incite de nombreux révolutionnaires à déposer les armes, avec des milliers de prisonniers comme monnaie d’échange, les restructurations au sein de la domination endiguent toujours plus la conflictualité sociale diffuse. Dans ces temps de reflux, certains compagnons anarchistes tentent d’élaborer de nouvelles perspectives combatives qui ne suivent pas le compromis démocratique, la « fin déclarée de la guerre contre l’Etat », la fin supposée « de la possibilité de lutte radicale ». Mais cette possibilité de nouvelles perspectives exige aussi un retour critique sur les années précédentes. Tandis que de nombreuses personnes tentent de se servir de la « défaite » des fractions armées pour enterrer toute possibilité de lutte radicale, d’autres essayent, dans une revue comme Anarchismo et ensuite, dans un journal comme Provocazione, de formuler une critique de la logique du parti armé sans balayer la nécessité de l’attaque destructrice. Des expériences sont faites avec des luttes « à la périphérie » : des luttes contre un aspect concret de la domination, sans perdre de vue la totalité des idées révolutionnaires, sans sombrer dans la politique, des luttes à caractère insurrectionnel. Dans certaines de ces luttes2, on expérimente le développement de propositions organisationnelles avec tous ceux qui veulent lutter sur une base d’auto-organisation, d’attaque et de conflictualité permanente ; dans d’autres cas, l’accent est mis davantage sur la possibilité d’attaques modestes et facilement reproductibles contre les structures diffuses et périphériques de la domination.
Le projet insurrectionnel partait donc, dans son développement permanent aussi bien sur un plan plus théorique que plus pratique, d’une critique des expériences passées et d’analyses des nouvelles formes de la domination. Au lieu de penser la lutte comme un affrontement symétrique, où deux blocs bien délimités s’opposent et où la logique quantitative domine, on approfondissait le concept de structures informelles n’ayant pas pour but de représenter toujours plus d’exploités ni de réunir un maximum d’anarchistes et de révolutionnaires autour d’un programme, mais mettant l’accent sur la qualité de l’affrontement avec la domination, sur des ruptures, fussent-elles temporaires et limitées, avec l’espace/temps de la domination. Face aux « organisations anarchistes de synthèse », comme des fédérations, qui fonctionnent autour d’une déclaration de principes et de congrès périodiques, on proposait d’ancrer les aspects organisationnels directement dans la lutte en cours. Au lieu de grandes structures, on proposait de s’organiser sur une base affinitaire, en petits groupes agiles, avec un parcours autonome en pensées et en actes, qui pouvaient donner lieu, autour d’un projet spécifique de lutte, à une coordination ou une organisation informelle.
Mais la question ne concerne pas seulement « l’intérieur » du mouvement anarchiste, mais aussi la façon dont les anarchistes peuvent développer des luttes avec d’autres exploités. En ce sens, des expériences ont été faites, d’une qualité autre que celle des modèles précédents, comme l’anarchosyndicalisme ou les fédérations : la formation et la construction de structures de base insurrectionnelles, vouées à la destruction d’un aspect concret de la domination. Structures dont on n’attend pas qu’elles se perpétuent dans le temps, qui ne sont pas orientées vers la défense des intérêts d’un certain groupe social ou d’une classe, mais qui sont des propositions organisationnelles pour passer à l’attaque. Quoique ces structures aient évidemment un aspect quantitatif, elles sont dans un certain sens peut-être plus des points de référence pour une certaine lutte, des points de référence pour une certaine façon de concevoir la lutte.

* * *

Appelons un chat un chat. Malgré de nombreuses années de développement et d’approfondissement du projet insurrectionnel, bien des compagnons en ont fait une caricature pour plus facilement prendre leurs distances. D’autres sont entrés en contact avec certaines idées et pratiques et ont décidé que « l’insurrectionnalisme » était la voie à suivre parce que ses formes sont radicales et qu’on y refuse le compromis et la remise de l’attaque. Sans vouloir prétendre qu’il n’existerait qu’une interprétation à respecter, de nombreuses incohérences et approximations nous sautent aux yeux. L’affinité est considérée comme identité, c’est-à-dire, la fusion complète entre l’un et l’autre, produisant inévitablement de l’idéologie, ou sinon comme autre mot pour sympathique, générant plutôt un milieu libertaire avec ses écueils que des groupes affinitaires anarchistes. Le refus de l’attente est confondu avec un refus de réfléchir sur les perspectives et l’élaboration de projets. L’organisation informelle est confondue avec des simulacres des organisations combattantes du passé avec leur série de sigles et de communiqués. Mais il ne sert à rien de crier pour des sourds.
Face à la confusion consciente ou inconsciente, un livre ne peut pas faire grand-chose, à part proposer d’autres pistes, d’autres angles de réflexions. Peu d’individus sont en effet capables de se regarder eux-mêmes droit dans les yeux et de soumettre leurs propres suppositions et pratiques à une analyse critique, et encore moins leurs a priori tellement confortables. Quelle meilleure justification pour l’éternelle répétition de la même chanson ? Publier un livre comme celui-ci n’a pas d’autre intention que de contribuer à ouvrir des espaces de débat et de discussion.
Certains compagnons ont exprimé leur préoccupation que ce livre puisse être pris comme une sorte de manuel, un livre de recettes pour dépasser leurs propres limites et insatisfactions. S’il est vrai que ces textes sont des fragments d’un parcours de recherche et se retrouvent réunis aujourd’hui dans un seul livre, nous comptons davantage sur l’esprit critique de ceux qui y chercheront des pistes pour approfondir leurs idées et en découvrir d’autres ; pour démolir les lieux-communs qui tendent à remplacer l’effort de réflexion individuelle. Il est aisé d’imaginer que le langage utilisé dans certains textes, plus ou moins courant à une époque, ne facilite pas forcément la compréhension, voire risque de provoquer un rejet préalable. Nous ne pouvons qu’espérer que chacun sache franchir ces éventuels obstacles pour creuser le fond. Les mots ne suffiront jamais à exprimer la vie et les pensées. Il faut chercher au-delà, et pour cela, un effort est indispensable.
Dans la recherche des façons d’intervenir dans la réalité de la conflictualité, nous ne pouvons nous contenter ni de modèles ou de recettes, ni des idéaux hérités des classiques de la subversion. Au-delà de la nécessité « d’étude permanente » sur tous les aspects de l’être et de la vie humaine, des capacités techniques et des instruments analytiques ; au-delà des approfondissements de nos idées et des visions de l’anarchie, l’approfondissement de l’anarchisme est nécessaire. L’anarchisme, compris comme la recherche théorique et pratique de méthodes, de perspectives et de manières pour avancer vers l’anarchie. Dans cette recherche, le projet et les méthodes insurrectionnels nous semblent ouvrir quelques chemins qui pourraient bien se révéler beaucoup plus adéquats à la réalité actuelle que d’autres méthodes. Cette intuition nous a poussés à publier ce recueil de textes. Cette même intuition qui nous pousse incessamment à explorer ces chemins, à les analyser et à les approfondir.

 

Un anarchisme hors norme (André Prudhommeaux)

« Nous croyons, pour notre part, que si l’anarchie effraye, c’est qu’elle est réellement effrayante, comme solution actuelle, pour des esprits dressés à la paresse mentale et à la servilité.
Tant qu’elle se présente comme utopie, comme jeu gratuit de l’esprit forgeant une hypothèse, notre doctrine conserve des sympathies souriantes, parfois un peu inquiètes ; mais, que sonne l’heure de la mise en pratique, et les plus fanatiques défenseurs de l’idée en paroles pâlissent devant sa réalisation.
Disons-le donc sans ambages : la perspective de vivre sans chef, sans dieu, sans patron, et sans juge, dans la pleine responsabilité d’adultes émancipés, loin de la paternelle autorité des lois, loin de la paternelle image d’un exemple à suivre — c’est là précisément, et non pas ailleurs, qu’il faut chercher ce qui cause toute la réprobation attachée à l’Anarchie. »

(A.P., Anarchie ou succédané ?, 1947)

Toute sa vie, André Prudhommeaux (1902-1968), anarchiste « inclassable » et toujours réfractaire envers les troupeaux, œuvrera pour la révolution sociale, seul chemin vers la réalisation de l’idéal anarchiste. De son adieu à la doctrine marxiste à la critique de la technocratie, de son rejet de l’idéologie à son effort constant pour approfondir la pensée anarchiste, de sa méfiance envers les organisations de masse (y compris libertaires) à l’intransigeance contre tout opportunisme, sa conception de la liberté partira toujours de l’individu et du combat permanent contre toute oppression et exploitation. Cela l’amènera à défendre l’incendiaire du Reichstag et à critiquer durement les fossoyeurs de la révolution espagnole, à s’opposer à toute centralisation dans le mouvement anarchiste et à œuvrer inlassablement pour un renouveau permanent de l’anarchisme. Sa plume prolifique n’était pas vouée à caresser dans le sens du poil, mais à froisser les croyances et à secouer les consciences. Ce recueil de textes de sa main n’est rien d’autre qu’un appel précieux à « l’effort constant de la réflexion ».

422 pages, format 19×13 cm
10 euros

Les chaînes technologiques d’aujourd’hui et de demain

 » Le diable s’est installé dans un nouveau domicile. Et quand bien même nous serions incapables de le faire sortir de son repaire du jour au lendemain, il nous faut au moins savoir où il se cache et où nous pouvons le débusquer, afin de ne pas le combattre dans un coin où il ne se réfugie plus depuis longtemps — et pour qu’il ne se paie pas notre tête dans la pièce d’à côté.  »

Cet essai cherche à survoler les domaines que la recherche se propose d’explorer dans les décennies à venir (nanotechnologies, biotechnologies, sciences cognitives, technologies de l’information) et de dresser la liste des avancées technologiques qui ont radicalement transformé le rapport à soi, aux autres et au monde ou qui s’annoncent. On pourrait dire qu’il est incomplet, mais son but n’est pas là. Il s’agit d’une incursion de reconnaissance sur le territoire de l’ennemi afin de disposer de quelques éléments supplémentaires pour orienter notre activité destructrice.

Sommaire
Avant-propos : une nouvelle cartographie pour l’attaque contre le pouvoir
Les chaînes technologiques d’aujourd’hui et de demain
Le labyrinthe technologique
Causes et conséquences
Du court-circuit en black-out social

122 pages (deuxième édition augmentée)
4 euros

Sur le fil du rasoir (Finimondo)

« Aller vers le rien créateur ne s’épuise pas dans l’acte de la négation, c’est un coucher de soleil qui précède l’aurore. Détruire ce monde à sens unique pour permettre la naissance d’une infinité de mondes. »

Voici un recueil de paroles d’ennemis de toute autorité, qui cherchent à naviguer sur les eaux tumultueuses de la guerre sociale en esquivant les marécages dans lesquels les subversifs risquent de s’embourber, en tentant d’anticiper les rochers sur lesquels la pensée et la pratique anarchistes pourraient s’échouer. Leur horizon ? Le défi que si ce monde court à sa perte, rien n’est perdu. Leur boussole ? Une inimitié intransigeante envers le pouvoir, y compris lorsqu’il se cache sous les habits du révolutionnaire. Et surtout, l’exigence éthique que l’idée et l’action vont de pair. Car pour que l’idée ne flétrisse pas, il faut l’action pour la revigorer ; pour que l’action ne tourne pas en rond, il faut l’idée pour l’enchanter.

Novembre 2019 // 136 pages
4 euros

Face à face avec l’ennemi. Severino di Giovanni et les anarchistes intransigeants

FACE À FACE AVEC L’ENNEMI
Severino Di Giovanni et les anarchistes intransigeants dans les années 1920-1930 en Amérique du Sud

560 pages – 13 x 19 cm
12 euros (8 pour distro)
une co-édition de Tumult & L’Assoiffé

Argentine, années 1920. Le vaste pays est en plein essor industriel et des milliers d’émigrés de partout débarquent dans le port de Buenos Aires. Ils y trouvent d’importantes agitations sociales, comme celle pour la libération des anarchistes Sacco et Vanzetti condamnés à mort, et un climat marqué par d’innombrables grèves, boycotts, sabotages et émeutes. C’est là qu’un anarchisme intransigeant va naître et faire violemment irruption dans la rue. En dehors des vastes organisations libertaires établies depuis des décennies, des anarchistes vont empoigner la plume pour appeler à l’action et le revolver pour vider les coffres des banques. Ils vont mettre la main à la mèche pour faire résonner la voix de la dynamite et à la pelle pour creuser des tunnels afin de libérer leurs compagnons incarcérés. Ils se tacheront les mains d’encre pour éditer des livres et mélangeront les acides pour faire sauter les socles de la société. Ils tireront à bout portant sur les tortionnaires et rejoindront, le journal et la marmite explosive dans le sac, les grèves et les agitations de rue. Mais surtout, ils vont réunir l’idée et l’action, la conscience et l’attaque, le cœur vibrant et la main décidée dans un formidable assaut contre la société autoritaire et capitaliste.

En suivant les traces de l’un d’entre eux, Severino Di Giovanni, ce livre fait revivre les parcours de dizaines d’anarchistes qui se sont battus jusqu’à leur dernier souffle contre tout ce qui représente le pouvoir, pour la liberté et l’anarchie.

Voici l’avant-propos du livre :

« J’ai beaucoup d’amour pour notre cause et je suis capable de tout pour la favoriser », écrivait Severino Di Giovanni quelques mois avant d’être fusillé dans une lettre à un autre compagnon. Son amour pour l’idéal anarchiste n’était pas platonique : c’étaient ses palpitations ardentes qui allaient le pousser à monter aux sommets rebelles de la pensée et de l’action. L’anarchisme n’est pas uniquement l’action, comme il n’est pas uniquement la pensée : il rejoint les deux aspects dans une grande accolade passionnée. En bonne compagnie, Severino est allé jusqu’au bout de son amour. Certains de ses compagnons sont morts sous les balles des sbires, d’autres ont passé de longues années derrière les barreaux ; quelques-uns sont partis en exil pour échapper à la répression, d’autres ont pu continuer à frayer sur place, dans les méandres de la guerre sociale, leurs chemins de combattants pour l’idéal.

Si leur champ d’action principal était l’Argentine et le côté uruguayen de la Río de la Plata, les anarchistes qui se sont retrouvés là dans les années 1920-1930 venaient de partout. Beaucoup avaient fui la réaction fasciste en Italie, d’autres la répression impitoyable en Espagne, d’autres encore, comme des milliers d’émigrés, étaient venus attirés par une fausse promesse de bonheur. Certains avaient déjà été expulsés à cause de leurs activités subversives aux États-Unis, mais pas mal d’entre eux étaient nés au bord de la Río de la Plata, dans la pampa argentine ou au pied des Andes. Et les circonstances dans lesquelles ils allaient rêver et agir étaient tout sauf pacifiées. L’industrie argentine était en plein essor, attirant de nombreux investissements de capitaux étrangers. Les conflits ouvriers et paysans étaient rythmés de grèves, d’attentats, d’émeutes, et souvent réprimés dans le sang. La plus grande fédération ouvrière du pays, la FORA (Federación Obrera Regional Argentina), était d’orientation anarcho-syndicaliste et était forte d’une longue tradition de lutte. Son journal, La Protesta, était le seul quotidien anarchiste au monde. Mais de nombreux autres groupements, unions, cercles et groupes anarchistes existaient en dehors de la grande organisation. Ils n’en partageaient pas les tendances centralisatrices, et rejetaient l’attitude de pompiers que certains de ses dirigeants adoptaient régulièrement. Il y avait par exemple des syndicats autonomes radicaux des boulangers, des cheminots, des dockers, des peintres, des mécaniciens, des taxis ou des maçons. Un autre grand journal, La Antorcha, hebdomadaire celui-là, existait et œuvrait dans un sens plus spécifiquement anarchiste, mais plein d’autres journaux et feuilles plus petits étaient édités dans nombre de villes et de régions du vaste pays. En plus, il y avait de nombreux cercles d’anarchistes immigrés, se regroupant plutôt par région ou pays d’origine.

La deuxième moitié de la décennie 1920 sont des années marquées par un mouvement massif de solidarité internationale pour arracher Sacco et Vanzetti à la chaise électrique, la montée du fascisme et de régimes totalitaires en Europe, et une accentuation de l’exploitation capitaliste partout dans le monde avant la Grande Dépression des années 30. Et au bord de la Río de la Plata, Severino Di Giovanni et ses compagnons allaient donner vie à un anarchisme intransigeant. Intransigeant quant aux idées, refusant de confondre l’anarchisme avec une sorte de syndicalisme radical, avec une version plus dure que le socialisme politique ou encore avec un antifascisme démocratique. Intransigeant aussi quant à l’agir : leur idéal n’était pas uniquement une vision du monde, une philosophie de vie, une perspective de transformation sociale, c’était aussi une déclaration de guerre à toute autorité, à tous ceux qui représentent et défendent l’autorité. Et dans cette guerre, il n’y allait pas y avoir de trêve possible.

Ces anarchistes s’organisaient dans différents cercles et groupes qui se liaient entre eux pour s’entre-aider, partager une logistique clandestine ou élaborer de plus vastes projets d’attaque. Ils considéraient la lutte anarchiste comme un tout. L’agitation peut se faire par les journaux, les tracts, les perturbations, et aussi par des coups de feu et des bombes. La révolution est la voie par laquelle passer pour abattre l’hydre étatique, les sangsues capitalistes et la société autoritaire, mais elle n’est pas un coup de tonnerre par ciel clair : elle est suggérée, préparée, encouragée et précipitée par les actions des minorités agissantes et les tentatives insurrectionnelles. Et c’est par amour pour l’anarchisme que ces réfractaires à tout ordre allaient exproprier des banques pour soutenir les anarchistes emprisonnés et financer l’édition de journaux et de livres. C’est par ce même amour qu’ils allaient abattre le tortionnaire et participer de façon explosive à des grèves générales. C’est encore par ce même amour qu’ils allaient faire tout leur possible pour libérer les leurs et critiquer durement les pontifes et leurs suiveurs qui préféraient les bêlements de moutons d’un grand mouvement organisé et dirigé au fracas de bataille des poignées disparates et des mêlées émeutières.

Leur point de départ était l’individu et sa rébellion, et non une quelconque catégorie sociale ou une organisation de masse. C’est tout naturellement qu’ils s’organisaient au gré de leurs affinités et connaissances plutôt que par adhésion formelle à un programme. S’ils employaient l’expression « anarchisme autonome », c’était pour souligner leur indépendance vis-à-vis des organisations syndicales (y compris de tendance libertaire) ou des organisations de synthèse (y compris anarchistes). S’ils se dénommaient volontiers « anarchistes expropriateurs », c’était pour marquer leur différence avec ceux qui subordonnaient leurs activités aux prescriptions du code pénal. Ils tendaient vers la qualité dans tout ce qu’ils faisaient : le combat pour les idées comme un chant de la vie. Pour eux, l’anarchisme, c’était aussi la beauté, la joie, la sensibilité, la compagnie de complices, la générosité, le courage… autrement dit, la montée des sommets. Ce n’est pas pour rien que l’on peut trouver dans les pages de Culmine ou d’Anarchia, journaux édités par Severino et ses compagnons, non seulement des appels à l’action, des apologies d’attaques, des articles d’agitation et d’analyse sociale, mais aussi des poèmes, des extraits littéraires, des textes historiques et philosophiques, des variations sur l’amour libre et des recensions artistiques. Car quand la vie brûle, elle veut tout dévorer. Elle dit oui à toutes les possibilités, elle affirme fièrement la volonté individuelle.

Sans surprise, les journalistes et les puissants ont traité Severino et ses compagnons de « terroristes » et de « bandits ». De l’autre versant, certains anarchistes de l’époque les ont qualifiés de « provocateurs » et de « fascistes ». Ne se limitant pas à mener une campagne systématique dans leur journal La Protesta contre « l’anarcho-banditisme » qui causait tant de remous dans les eaux stagnantes du « mouvement officiel », ils y rajoutaient des calomnies et des infamies, en particulier contre Di Giovanni. L’histoire de l’anarchisme est pleine de débats et de polémiques, parfois très durs et virulents comme celui-ci en Argentine à la fin des années 1920, et cela constitue quelque part aussi sa richesse. Si des principes de refus de toute autorité, sous toutes ses formes, sont au cœur du mouvement anarchiste, et qu’il exprime une tension vers la libération de tout joug, il bat au rythme des discussions et des divergences sur les méthodes de lutte, les perspectives de transformation sociale, les formes organisationnelles. Il ne s’agit donc certes pas d’avoir peur du débat (même dur) qui tranche, ou de craindre la polémique qui divise (au sens d’une exposition croisée de deux ou plusieurs points de vue nettement différents). Si les idées nous tiennent à cœur, il y a aussi à les chérir et les défendre, quitte à s’embrouiller possiblement avec d’autres. Par contre, la calomnie et l’infamie sont des armes qui ont blessé plus grièvement que les balles de l’ennemi. Ces procédés sont souvent employés, hier comme aujourd’hui, par ceux qui veulent exercer une hégémonie sur le mouvement, qui ne supportent pas que certains décident de courir, y compris dans tous les sens, plutôt que de suivre la marche lente (« du mouvement », « de l’histoire », « des contradictions sociales », etc.) et par les renégats qui n’ont même pas la dignité d’assumer leur renonciation à l’anarchisme qu’ils avaient peut-être embrassé un jour, mais qui leur est devenu trop lourd et exigeant.

Si l’histoire de cet anarchisme intransigeant de la Río de la Plata est largement méconnue, cela doit probablement avoir quelque chose à faire avec son contenu perturbant, ses gestes éclatants, son ardeur qui pousse à aller audacieusement au-delà des codes établis (y compris du « mouvement »). Comble d’ironie, c’est au final un journaliste démocrate libertaire et optimiste de l’être, qui se dédiera à la fin des années 70 à une grande recherche dans les archives pour déterrer l’histoire des « anarchistes expropriateurs ». Son livre fut interdit et brûlé par les militaires argentins au pouvoir, ce qui n’a pas empêché sa diffusion ultérieure et sa traduction en d’autres langues (parfois subventionnée par l’État argentin). Depuis, quelques autres essais, tous très lacunaires, ont été publiés, mais à l’instar du livre de celui qui qualifiait Di Giovanni comme « l’idéaliste de la violence », aucun n’a réussi ou cherché à reconstruire les différents parcours de ces dizaines d’anarchistes expropriateurs en Argentine et Uruguay, et encore moins à fournir les éléments pour situer, comprendre et dialoguer avec leur anarchisme intransigeant, basé sur l’autonomie de l’individu et des groupes, la coordination des efforts, l’action minoritaire, la solidarité.

Ces anarchistes, exhumés en dépit de l’oubli intéressé que leur vouaient les révolutionnaires au cortex cérébral en carton, arrachés aux intérêts académiques désireux de les confiner entre la mythopoïèse et la réduction de leurs parcours à une simple exaltation de la violence anarchiste. Soustraits à l’œuvre honteuse des incrédules, qui pensaient Severino incapable d’aimer mais publient pourtant ses lettres d’amour à sa jeune amante ; des médiocres, qui ne comprendront jamais les sentiments de celui qui répugne à une vie en chaînes parce qu’il aime trop le courage de les détruire. « Ce qui nous motive, c’est exclusivement le grand amour pour nos choses, » écrivait Severino à un compagnon. L’attention insidieuse qui leur a été dédié jusqu’aujourd’hui est bien au-dessous des aspirations qu’animaient ces compagnons. Nous proposons en français cet œuvre qui leur donnera enfin une place digne et cohérente dans notre patrimoine anarchiste.

Mais un avertissement est tout de même de mise. Ceux qui s’attendent à une lecture limpide et lisse seront déçus. Ceux qui aimeraient lire un roman d’aventures à défaut de vivre leur propre aventure feraient mieux de le mettre tout de suite de côté. Car ce livre, l’anarchisme dont il parle, ne se prête pas à une digestion facile. Si les appels sont fougueux, le sang coule souvent. Si l’amour pour l’anarchie est infini, l’ardeur pour le vivifier peut être implacable. Si la conviction et le courage poussent à aller vers les sommets, les chutes sont aussi abruptes que brutales.

On pourrait se poser la question. Que reste-t-il encore aujourd’hui d’un tel anarchisme fougueux et passionné ? Restent-ils encore aujourd’hui des compagnons et compagnonnes qui se jettent à corps perdu dans leur bataille, qui agissent en fonction de leurs possibilités, qui s’en donnent les moyens et sont prêts à faire des efforts pour aller au-delà de ces possibilités ? Qui embrassent l’action et la pensée, mélangeant la chimie explosive aux détonations de la poésie viscérale ? La rose qui a fleuri dans cette décennie-là au bord de la Río de la Plata était un anarchisme qui réunissait dans une grande accolade tous les aspects de la guerre contre l’autorité. Se dédier avec la même ardeur à l’édition d’un journal qu’à l’expropriation d’une banque, à la diffusion d’une parole anarchiste parmi les grévistes qu’au dynamitage d’un consulat, à la paralysie du transport ferroviaire qu’à la constitution d’une imprimerie, à l’amour pour les complices qu’à la destruction des institutions : voilà une accolade qui embrasse la vie tout entière.

Si ce dont il est question dans ce livre n’est pas une relique du passé, un récit appartenant à une époque morte et enterrée, mais quelque part aussi une suggestion actuelle pour tous, c’est à l’individu rebelle qu’il revient de relever le défi, et d’entreprendre à son tour la montée vers les sommets de la pensée et de l’action.

La Russie souterraine. Esquisses du mouvement révolutionnaire russe (1860-1880) (Stepniak)

Le révolutionnaire russe Sergueï Kravtchinski, Stepniak, avait un objectif clair à l’esprit en publiant en 1892 le livre « La Russie souterraine ». Il voulait faire parvenir au monde une esquisse intime du combat acharné que les révolutionnaires russes étaient en train de mener contre le régime du tsar et du capital.

Dans ce livre, Stepniak aborde les idées portées au sein du mouvement révolutionnaire russe de l’époque en dressant des portraits de ses compagnonnes et compagnons et en racontant certaines épisodes qui caractérisaient leur lutte clandestine comme des évasions, des réseaux de soutien et de solidarité, des attentats à l’explosif et des assassinats visant les responsables du régime. À travers son implication directe dans ce mouvement et sa vaste connaissance du combat, il jette une lumière radieuse sur les motivations et les activités des nihilistes et des social-révolutionnaires russes. En même temps, le livre ne manque pas de soulever des questionnements qui intéresseront encore aujourd’hui tout individu dont le cœur palpite au rythme de la lutte contre l’oppression et l’exploitation.

« Le révolutionnaire s’est juré d’être libre. Il le sera au défi de tout. »

258 pages – 8 euros

 

Sabaté. Guérilla urbaine en Espagne (1945-1960) (Antonio Telléz Solá)

Après que l’insurrection révolutionnaire de 1936 ait été étouffée dans une guerre civile, les troupes franquistes prennent possession de l’ensemble du territoire espagnol en 1939. Afin d’échapper à cette réaction meurtrière, de nombreux rebelles prennent le chemin de l’exil forcé ou de la clandestinité. Envers et contre tout, des groupes d’action et de guérilla décident alors de relancer la lutte subversive contre un ennemi implacable.

À travers le récit de la vie de Francisco Llopart Sabaté, un de ceux qui empoignera les armes pour tenter d’abattre le nouveau régime, c’est le portrait de toute une génération de combattants anarchistes qui est dressé ici. Sabaté fut de ces hommes et femmes qui mirent leurs vies en jeu au cours d’un long combat courageux contre la dictature de Franco, pour la liberté et la révolution sociale.

130 x 190 mm – Couverture sérigraphiée – 400 pages
10 euros

Je sais qui a tué le commissaire Calabresi (Alfredo M. Bonanno)

À la fin des années 60, l’Italie est traversée par des fortes agitations sociales. C’est dans ce climat de révolte que le 12 décembre 1969, un massacre est commis Piazza Fontana à Milan, provoquant 16 morts et 88 blessés. Au lendemain du massacre, le commissaire Luigi Calabresi se rend au local du groupe anarchiste et demande à Giuseppe Pinelli de venir à la préfecture où se trouvent déjà de nombreux anarchistes raflés. Dans la nuit du 15 au 16 décembre, Pinelli est « défenestré » lors d’un interrogatoire par le commissaire Calabresi. Il décède quelques heures plus tard à l’hôpital.

Le 17 mai 1972 sera un jour funeste pour le « commissaire-fenêtre ». Tout semble devoir se passer comme d’habitude, la routine habituelle du matin : le petit déjeuner, le bonjour à l’épouse enceinte, les deux gamins, l’un âgé de deux ans, l’autre de onze mois, quelle scène familiale.
En ce jour funeste, vers neuf heures du matin plus ou moins, le commissaire Luigi Calabresi descend dans la rue. Son destin l’attend là, à neuf heures et quinze minutes exactement, sous la forme de deux balles, une première, puis une seconde.

Avril 2019 // 80 pages
3 euros

La joie armée (Alfredo M. Bonanno)

Dépêche-toi compagnon, tire tout de suite sur le policier, le juge, le patron avant qu’une nouvelle police ne t’en empêche ; dépêche-toi de dire non avant qu’une nouvelle répression te convainque du fait que de dire non est insensé et fou et qu’il est juste que tu acceptes l’hospitalité des hôpitaux psychiatriques. Dépêche-toi d’attaquer le capital avant qu’une nouvelle idéologie ne le rende à nouveau sacré. Dépêche-toi de refuser le travail avant que quelque nouveau sophiste te dise, encore une fois, que « le travail rend libre ». Dépêche-toi de jouer. Dépêche-toi de t’armer.

Ce livre a été écrit en 1977 au moment où des luttes révolutionnaires se déroulaient en Italie, il faut avoir à l’esprit la situation de l’époque pour le lire aujourd’hui. Le mouvement révolutionnaire, y compris les anarchistes, étaient dans une phase d’extension et tout semblait possible même une généralisation de l’affrontement armé.
Ce livre est encore d’actualité mais d’une autre façon. Non pas comme la critique d’une structure monopolisante, le parti armé, qui n’existe plus, mais parce qu’il peut montrer les capacités potentielles des individus suivant leur chemin avec joie vers la destruction de tout ce qui les oppresse et les régule.

Avril 2019 // 80 pages
3 euros

L’hôte inattendu (Alfredo M. Bonanno)

La mort et la vie. Tel est le sujet de ce livre. Se placer à la croisée de ces deux réalités, c’est regarder dans l’abîme sans trembler, sans se laisser happer vers le bas, de manière à trouver une solution quelconque à des problèmes trop grands, trop angoissants. La vie peut être une apparence – c’est en fait ce qu’elle est presque toujours –, mais elle est différente de la mort.
Certaines personnes mènent une vie de mort, une vie de cadavre, et ne se rendent même pas compte, lorsqu’elles meurent, de ce qu’elles viennent de perdre. Nous, nous ne pensons jamais que notre vie est unique et qu’il n’y a pas de réplique. Vivre est donc un engagement qui peut accéder à l’être, tout comme cela peut rester une ombre projetée sur le mur de la caverne des massacres.
Lorsqu’on se met en jeu aussi dangereusement – et ce livre est une vision approximative de ma mise en jeu –, peut-être accède-t-on aux conditions de la vie, peut-être comprend-on le mouvement intrinsèque du vivre lui-même.
La vie c’est l’être, et l’être c’est la qualité. La qualité ne se trouve pas dans le faire, mais dans l’agir. La vie est donc action. La mort, dont il sera tellement question dans ce livre, est un moment de la vérité dans l’action, une qualité primaire aux côtés de la liberté. Dans l’action, je peux irrémédiablement rencontrer ma propre mort, et je peux déterminer la mort de l’ennemi.

130 x 190 mm – 366 pages
10 euros

Charbonnerie El Buen Trato

1930, Montevideo, capitale de l’Uruguay. En face de la prison de Punta Carretas, l’anarchiste Gino Gatti et sa famille décident d’ouvrir une charbonnerie : « El Buen Trato ». Les affaires vont pour le mieux. Cependant, en mars 1931, la famille Gatti décide de quitter Montevideo et de déménager en Argentine, pliant boutique après moins d’un an d’activité.

Quelques jours après le départ de la famille italienne, les voisins de la dorénavant ex-charbonnerie remarquent des gens qui sortent en courant de l’établissement. Alarmés, ils avertissent la police qui arrive aussitôt et fait irruption sur les lieux. Une fois à l’intérieur, les agents mettent bien peu de temps à comprendre qui étaient ces personnes qui fuyaient. En effet, au fond d’une pièce, ils découvrent un trou dans le plancher, un puits parfaitement éclairé qui s’enfonce profondément. À côté de la cavité, il y a un billet qui dit : « La solidarité entre les anarchistes ne se réduit pas à des paroles ».

Sept des évadés, de même que les constructeurs du tunnel, faisaient partie des groupes d’action anarchistes qui agissaient en Amérique du Sud dans les années 20 et 30. Recherchées et persécutées sans relâche par la police, ces individualités anarchistes menèrent une lutte contre l’État qui, si elle ne dura que quelques années, fut sans répit et se matérialisa dans des attentats, des expropriations, ou dans l’organisation d’évasions. Une lutte sans répit contre l’ennemi.

Livre format 12×17 cm, 74 pages
4 euros

Pour toute commande :
tumult_anarchie@riseup.net
(Comptez 30% de réduction à partir de cinq exemplaires)

Exposition « Contre la guerre, contre la paix, pour la révolution sociale »

« Vous cherchez une querelle, gouvernants, craignez de n’avoir la guerre. Non pas celle qui vous intéresse, qui nous décime, qui sème les cadavres des nôtres dans les fossés ; qui, vainqueurs ou vaincus, nous laissent toujours prisonniers des lois, des patrons, de la misère, de l’ignorance…
Mais l’autre, LA GUERRE, la véritable, celle dont les escarmouches se dessinent de loin en loin, dont les combats parfois rougissent les pavés, mais dont il ne saurait tarder de voir s’ouvrir les terribles assises, mettant enfin toutes les forces des combattants face à face.
Il en est qui parlent POUR LA PAIX, moi je parle POUR LA GUERRE. Pour cette guerre qui ne jette pas les hommes aux frontières — la révolution n’en connaît pas — mais qui les dresse contre l’oppresseur de tous les jours, en tous les pays. Et j’ai le désir que cette guerre ne se termine qu’avec la fin de l’autorité, de l’ignorance et de la misère…, dût cette victoire s’étayer sur nos cadavres.
Que cette guerre soit, de notre part, sans pitié, comme sans haine… la vérité ne saurait avoir ni l’une, ni l’autre. »
– Albert Libertad, dans l’anarchie, n° 46, 22 février 1906

 

Cette exposition a été réalisée à l’occasion de Temps d’Encre, rencontres autour de publications anarchistes, le 23 & 24 juin 2018 à Montreuil (Paris).

L’exposition, en affichettes format A2, est désormais téléchargeable en PDF ici.

 

Hors Service

Hors Service
recueil d’articles du journal anarchiste 2010-2014

228 pages, 6 euro

 

L’introduction au livre :

Après la fin de l’aventure du journal Hors Service, force est de constater que nous non plus, nous n’avons pas « trouvé » le Toison d’or. On l’a voulue, désirée, rêvée. On a combattu, on s’est obstiné, on a reçu des coups. On s’est mis en péril, on s’est mis à nu en entreprenant ce voyage, on s’est hasardé dans des terres inconnues. Si notre bateau n’est pas arrivé à destination, c’est que la destination doit être le voyage même.

Le journal que nous avons commencé à éditer en cet hiver 2010 a été un beau voilier pour poursuivre nos rêves. Parfois les vents sont venus bousculer nos cartographies et les tempêtes ont bien secoué les voyageurs. Tant mieux, c’est la tempête qu’on voulait ! La tempête en nous, la bataille têtue contre un monde de morts. On a brisé le carcan des conventions et du moindre mal pour laisser s’enflammer nos coeurs. Et ils ont brûlé, toujours cherchant à porter le feu non seulement devant les portes des ennemis de la liberté, mais aussi dans les corps de nos contemporains.

La parole est une compagne de voyage capricieuse. Elle cherche à jeter des ponts, à ouvrir des brèches dans ce qui a toujours été la cible première de l’autorité : l’esprit et le coeur des hommes. Généralement elle échoue, errant dans le désert. Mais parfois elle peut devenir cri, blessant la chair infestée d’idéologies, de croyances, d’obéissances. Il n’y a pas de forme qui soit plus propice qu’une autre, car c’est toujours une blessure individuelle, un coup de couteau dans le ventre du singulier. Sinon, la parole ne serait qu’artifice de propagande intéressée, de recrutement, d’embrigadement.

Est-il encore possible aujourd’hui d’utiliser la parole pour diffuser les idées anarchistes ? Y a-t-il encore un sens à entreprendre des aventures telles que l’édition d’un journal ? Est-ce que nos mots pourraient encore être compris par d’autres ? Ces questions ne devraient pas recevoir une réponse trop rapide et méritent une réflexion plus approfondie. Les montagnes de mensonges et de manipulation accumulées par le pouvoir, son programme d’annihilation de la vie intérieure de l’homme, de sa sensibilité et de son imagination, de sa capacité à raisonner et à aimer pourraient rendre de telles oeuvres absolument obsolètes et désespérées. On serait amener à croire que la seule parole qui devrait encore être lancée en défi aux esclaves de ce monde, devraient être la foudre et le feu. Pour tout détruire. Pour tout raser au sol. Au péril d’y succomber nous aussi. Mais la destruction risque de rester prisonnière de ce monde si elle ne développe pas en même temps l’imagination, la sensibilité justement, de la liberté. Si elle ne peut pas voir dans les flammes ravageuses aussi la joie de sa liberté à l’oeuvre, une promesse prométhéenne. Pas d’un monde comme on l’a décrit maintes fois par le passé dans les livres anarchistes, pas d’une utopie qui fait miroiter un paradis dans l’au-delà, mais l’exigence vitale de ne pas être réduit à un rien qui sème du rien autour de soi. Nos armes doivent être chargées de futur, et la parole pourrait encore jouer un rôle là-dedans.

Le journal Hors Service ne s’est certainement pas, on l’espère bien, distingué par sa volonté d’édifier un quelconque paradis ou lexique de l’anarchisme. Mais nous n’avons pas non plus laissé nos désirs devant le seuil de la porte. On a conçu ce journal comme une petite barque qui nous permettait d’aller explorer des îles perdues, des jungles sauvages, de hautes montagnes dans le brouillard. Mais toujours en cherchant à suggérer quelque chose, quelque chose de particulier. Une petite chose, dirait-on. Une petite chose qui s’appelle attaque. Et pas juste une attaque générique qui s’approcherait de la vacuité des catéchismes de l’anarchisme, mais des attaques précises, frappant les responsabilités précises, l’attaque qui intervient comme un hôte inattendu dans le monde des choses et des hommes pour y porter la destruction et la désorganisation. C’est sans doute un aspect fondamental de ce que pourrait être aujourd’hui une diffusion des idées anarchistes : la suggestion de l’attaque, les informations précises nécessaires à son développement, la défense des actes qui sèment le trouble dans la marche du pouvoir. Pour être capable de faire cela, de s’y essayer en tout cas, il faut certains ingrédients qui sont les mêmes que tout autre projet de lutte anarchiste : la connaissance du terrain, l’analyse des rapports sociaux, l’étude des moyens de lutte. C’est peut-être avec ce petit extra que des anarchistes pourraient contribuer à nourrir ce qui couve dans le ventre de la société.

Hors Service, épinglé dans deux enquêtes anti-terroristes qui ont visé des anarchistes et anti-autoritaires en Belgique, ne s’est pas d’abord adressé aux autres anarchistes, ce journal était justement un vaisseau pour intervenir dans les réalités sociales, notamment dans les quartiers populaires de Bruxelles. Sa diffusion se faisait tous les mois (et pendant quelque temps, on a sorti des numéros toutes les deux semaines), à quelques milliers d’exemplaires, de main en main dans la rue. La façon d’écrire, la taille des articles, les angles d’attaque, la forme, les langages n’ont pas pris le dessus sur les idées qu’on a voulu défendre ; le journal a donc été anti-politique. Mais cela ne nous a pas empêché de saisir beaucoup mieux l’infinité des possibles du langage, tout en se heurtant aussi à ces limites. Nous croyons que cette expérience peut démentir autant ceux qui prétendent qu’il n’y a plus rien à dire, que toute parole est devenu inerte et donc superflue, que ceux qui face au défi de la diffusion des idées anarchistes, se disent qu’il vaut mieux tout adapter, tout rabaisser, tout niveler afin d’accroître les chances de pouvoir jeter ce fameux pont de la communication et du dialogue. Cette dernière hypothèse est tout simplement fausse. Appliquer des procédés politiques à la diffusion de l’idée anarchiste n’ouvre qu’une seule voie : rentrer dans les rangs dans l’« opposition critique », et ultérieurement, inévitablement, dans les girons du pouvoir. On croit pouvoir affirmer que l’expérience de Hors Service prouve qu’il reste possible de parler aux autres des idées anarchistes sans devoir les diluer, de proposer des suggestions de lutte sans faire des calculs avec le code pénal en tête, de développer des analyses propres qui ne tanguent pas à gauche et à droite dans l’illusion d’ainsi combler le prétendu « vide théorique » des anarchistes. Il faut juste oser et ne pas avoir peur de finir sur les récifs.

Dans ce recueil, nous avons repris une sélection d’articles parus dans le journal. Il n’a pas été facile d’établir les critères de ce choix, ni de les suivre toujours.

« Contre l’odieux accouplement du conformisme et de la terreur, contre la dictature des « moyens « oublieux des fins dont ils se recommandent, la Joconde de l’utopie peut, non pas l’emporter, mais faire planer à nouveau son sourire et rendre aux hommes l’étincelle prométhéenne à quoi se reconnaîtra leur liberté recouvrée. »
Georges Henein, 17 août 1945, Le Caire.

Tackling energy – The struggle against the construction of the Trans Adriatic Pipeline (TAP) through Greece – Albania – Italy

Download the pamphlet in PDF here. (A5) 48 pages

They protest against the energy that flows under their house, but inside of the house they want it!” yells the stuffy national-popular bourgeois in the spring of 2017 seeing what’s upsetting a small village in Puglia and spreading out to the rest of Italy. Fights erupted between police and opponents in front of the future construction site of the TAP (Trans-Adriatic Pipeline), the new gas pipeline which will link up Europe with the endpoint in Turkey of the Trans-Anatolian Natural Gas Pipeline that’s connectect with the gas fields in the Caspian Sea. The new gas pipeline will cross the north of Greece into Albania, where it will continue through the Adriatic Sea to finally reach the shores of Lecce in Italy, where it will connect with the existing gas transport network.

The TAP project, as most other energy projects, are considered of utmost “strategical” importance by power. A fair enough reason for enemies of power to have a look at the ongoing struggle against this TAP, put together this collection of texts from anarchist comrades active in the conflict and broaden up the horizons as to favour direct intervention against everything that keeps the energy of power flowing.

Revolutionair geweld

REVOLUTIONAIR GEWELD
(Alfredo M. Bonanno)

« Anarchisten zijn geen hypocrieten. Op geweld moet je met geweld
antwoorden: vandaag tegen de onderdrukking van vandaag; morgen tegen de
onderdrukkig die zou kunnen proberen zich in de plaats te stellen van
die van vandaag. »

Inhoudsopgave:
Malatesta en de kwestie van revolutionair geweld
De morele splijting
Clément Duval: Het probleem van diefstal
Het ongrijpbare beest

96 p. // 4 euro

Vernietig het werk

VERNIETIG HET WERK
(Alfredo M. Bonanno)

« Een leven zonder controle en beperking, een avontuurlijke zoektocht
naar het absoluut andere, maakt de volledige vernietiging van niet
alleen ‘mijn’ werk, maar van het hele concept van werk en economie als
basis voor menselijke relaties noodzakelijk. »

Inhoudsopgave:
Inleiding
Vernietig het werk
Laten we met de voeten op de grond blijven alstublieft
Ruimte en kapitaal
Voor zelfbeheer?
De onvrijwillige kantjes van vrijwillgerswerk
De nieuwe democratie
Het einde van de crisis
Anarchisten tegenover de nieuwe kapitalistische wereldorde

106 p. // 4 euro

Le problème du vol : Clément Duval

Télécharger la brochure Le problème du vol : Clément Duval en PDF.

Tout pris en considération, le besoin d’argent pour vivre, que nous avons tous, peut être résolu de deux manières : soit en travaillant, soit en volant. Et il faut choisir.

Il n’y a pas de doute qu’on fait un choix respectable si on choisit la voie du travail. Celui qui se vend, le fait toujours avec les meilleures intentions du monde. Pour sa survie, la survie de ses enfants, de sa famille. Et c’est sur ce socle incontestable que se construit, petit à petit, toute la structure sociale de contrôle et de répression. Les besoins primaires produisent les secondaires, du besoin de pain on passe au besoin de prestige social, de reconnaissance de sa capacité par d’autres, d’être quelqu’un. Une maison, une voiture, des vacances, des voyages, des bijoux. De petites choses, certes.

Le travailleur produit l’exploitation et l’exploitation reproduit le travailleur.

Le monde dans un crachat

Téléchargez Le monde dans un crachat en PDF.

L’État, qui aime se faire passer pour le garant du bien commun quand il ne sert en fait que l’intérêt de quelques-uns, administre une justice qu’il prétend être égale pour ledit tout le monde, mais qui est faite selon des lois écrites et appliquées par lesdits quelques-uns. L’État, comme sa justice, sont évidemment partiaux, mais ils ont désespérément besoin d’apparaître neutres, objectifs, au-dessus de tous partis.

C’est pour cette raison qu’ils se servent de la science. Quand Lombroso mesurait le crâne pour identifier les voleurs et les assassins, quand Hitler mesurait le nez pour dénicher les juifs, en quoi se différenciaient-ils de ceux qui aujourd’hui consultent la biologie pour faire triompher la justice ? Aujourd’hui la preuve ADN représente la réponse magique à l’angoisse de l’erreur judiciaire, le seul cauchemar qui puisse de temps à autre déranger le sommeil des bourreaux en toge noire. Et une fois plongée dans les tubes à essai du laboratoire, la justice peut enfin apparaître parfaite, aussi précise qu’un ordinateur.

 

Les chaînes technologiques d’aujourd’hui et de demain

Une nouvelle cartographie pour l’attaque contre le pouvoir

Cet essai cherche à survoler les domaines que la recherche se propose d’explorer dans les décennies à venir (nanotechnologies, biotechnologies, sciences cognitives, technologies de l’information) et de dresser la liste des avancées technologiques qui ont radicalement transformé le rapport à soi, aux autres et au monde ou qui s’annoncent comme l’Internet des Objets. On pourrait dire qu’il est incomplet, mais son but n’est pas là. Il s’agit d’une incursion de reconnaissance sur le territoire de l’ennemi afin de disposer de quelques éléments supplémentaires pour orienter notre activité destructrice.

Sommaire

* Introduction

* Les chaînes technologies d’aujourd’hui et de demain

(Traduit de l’anglais de « Smarter Prisons », quelque peu édité pour cette édition)

* De court-circuit en blackout social

* Quelques adresses utiles

 

122 pages – 4 euros

Éditions Entropie

Bruxelles, septembre 2016

 

Pour toute commande : entropie_editions@riseup.net

A partir de 5 exemplaires, 30 % de réduction

Éclats de liberté – La lutte contre la construction d’un nouveau centre fermé

« Développer une lutte qui ne se focaliserait que sur les quatre murs du nouveau centre fermé est d’avance condamnée à échouer dans une une impasse. La construction de ce nouveau centre prend place dans un tissu complexe de rapports sociaux d’oppression et d’exploitation.

C’est pour cela qu’il nous paraît plus intéressant de développer une lutte – en mots et en actes – décentralisée et qui s’élargisse à tout ce qui fait exister la machine à déporter. Démêler ce sac de noeuds et viser juste sous-tend déjà la conviction que la domination est un rapport social qui peut être remis en cause partout et à tout moment. De la sorte, nous pouvons aussi éviter de nous enfermer dans la logique du nombre, du quantitatif – une étincelle au bon endroit et au bon moment suffit pour mettre le feu à la prairie. »

 

Livre – 194 pages

5 euros

Antonio Téllez Solá – Sabaté

Sabaté

Ondergronds in Spanje (1945-1960)

420 pagina’s – 8 euro

Nadat de opstand van 1936 verstikt werd in een burgeroorlog, bezetten tegen 1939 de franquistische troepen het gehele Spaanse grondgebied. Om aan de moordende reactie te ontsnappen, verdwijnen vele rebellen in de clandestiniteit of ballingschap. Maar vanuit het ondergrondse wordt de subversie algauw opnieuw georganiseerd.

Dit is het verhaal van Francisco Sabaté Llopart, één van de anarchisten die met hun acties het nieuwe regime proberen te ondermijnen. Met ontelbare obstakels op hun weg en tegen de wind in, zetten ze hun leven op het spel.

 

 

Contre la guerre, contre la paix – Eléments de lutte insurrectionnelle contre le militarisme et la répression

Téléchargez la brochure en PDF.
8 pages, Printemps 2015

Certains pourraient nous accuser d’un maximalisme peu digeste, mais nous ne pouvons pas avaliser la thèse qui sépare le temps et l’espace entre des périodes de guerre et des périodes de paix. Et c’est d’ailleurs cela qui se trouve à la base de l’antimilitarisme anarchiste : contre la guerre, contre la paix, pour la révolution sociale.

* Guerre et paix
* Restructuration, révoltes et guerre
* Le projet répressif : massacre, militarisation et enfermement
* L’usine de la répression
* Contours d’une projectualité anarchiste contre la guerre et contre la répression

Zo d’Axa – De Mazas à Jérusalem

« Plus rien ne nous attache au passé, mais l’avenir ne se précise pas encore. Et forcément nous allons mal compris comme des étrangers. Et c’est ici et c’est là, c’est partout que nous sommes étrangers. »

En 1895 sortait à quelques mois d’intervalle à Bruxelles et Paris sous deux titres différents un même récit des pérégrinations de Zo d’Axa, notamment traqué par la police pour « provocation au meurtre » de magistrats suite à plusieurs articles parus dans L’Endehors, qui allaient le mener de Paris à Jérusalem, en passant par Londres, Rotterdam, l’Allemagne, Milan, Turin, Trieste, Patras, Constantinople et jusqu’à Jaffa en Palestine.

A l’occasion d’une coédition, Tumult (Bruxelles) & Mutines Séditions (Paris) viennent de réimprimer ce livre, complété d’une préface et d’une longue note biographique.

224 pages – 6 euros en distro et 8 euros en librairies

Et pour vous donner une idée, voici un extrait de la préface :

La révolte de l’individu désorientait et désoriente encore aujourd’hui les révolutionnaires qui n’ont d’oreille que pour les masses qui traînent les pieds. Si on parcourt la grande majorité de la littérature anarchiste actuelle, on ressent toujours cette même gêne, cet embarras quand leurs auteurs parlent de la fin du 19e siècle. Attentats à la bombe, meurtres, violence… les « années folles de l’anarchie ». Ils se livrent alors à d’invraisemblables tours acrobatiques afin de minimiser ces déflagrations et de les faire passer comme de simples maladies infantiles de l’anarchisme. Pourtant, c’est peut-être bien le coeur même de l’anarchisme qui caractérisait cette époque : pensée et dynamite, idée et action, main dans la main. L’imagination et la créativité dans sa propre vie et son propre combat, la liberté qui déploie ses ailes, l’individu qui commence son voyage.

Comme les Argonautes, Zo d’Axa savait que la joie réside dans les aventures qu’offre le voyage – quelles qu’elles soient – et non pas dans la découverte finale de la Toison d’Or. « Un sûr moyen de cueillir la joie tout de suite : détruire passionnément », c’est comme cela qu’il chantait le plaisir de la révolte. S’il était un ennemi de l’Autorité, c’est parce que ce n’est que dans le combat contre cette dernière que le voyage individuel est possible. C’est pour cela qu’il refusait de faire miroiter des lendemains qui chantent aux yeux avides et tristes des exploités et des opprimés, qu’il passait au crible leur crédulité et leur docilité, et qu’avec plus de fougue encore, il les exhortait toujours et à tout moment à s’insurger.

Quand un enfant erre dans le noir, il commence souvent à chanter fort pour s’encourager. De la même façon, nombre d’aspirants-subversifs ont pris l’habitude de bâtir des constructions théoriques pour faire face à la panique qui les saisit d’un coup à la seule pensée d’une existence sans certitudes, y compris lorsque ces certitudes sont l’oppression et l’absence de signification. Zo d’Axa préférait volontiers ne pas se plonger dans toutes ces analyses socio-économiques tant appréciées par un certain type de propagande révolutionnaire avide de confirmations objectives, de propositions réalistes et de résultats mesurables.

Une hérésie donc, hérésie contre les certitudes, y compris celles des mouvements révolutionnaires.

La révolte contre l’Autorité commence par le choix de l’individu, un choix qui échappe à la catégorisation en « rationnel » ou « passionnel », un choix qui ne peut pas être reconduit à des « conditions objectives » ou à des programmes idéologiques. Zo d’Axa a vécu une époque où, malgré la répression sanglante et l’exploitation féroce, idée et action s’embrassaient intimement dans la vie de certains individus, où des histoires de voyages commençaient, parfois courtes, parfois longues, parfois tristes, parfois joyeuses, mais toujours intenses et intempestives. Au-delà des époques et des distances, de telles aventures sont encore à saisir aujourd’hui. Peu importe où tu te trouves, d’où tu viens, l’âge que tu as.

Nous vivons dans un monde où toute sensibilité est engloutie par la marchandise, où l’obéissance et la docilité éradiquent progressivement tout sens, toute imagination, où l’Autorité commet toutes les atrocités imaginables et transforme la planète en cimetière. Alors te voilà seul devant toi-même et ce désir de vivre qui jaillit malgré tout. A toi le choix, mais n’attends pas trop longtemps.

Volin – De ongekende Revolutie

3 boeken – 724 p. – 11 euro

Volin is een Russisch anarchist. Tijdens de revolutie van 1905 zal hij actief deelnemen aan de eerste sovjet van Sint-Petersburg. In 1906 is hij betrokken bij een opstand in Kronstadt, waarna hij wordt opgesloten en veroordeeld tot levenslange verbanning in Siberië. Tijdens zijn deportatie ontsnapt hij en keert pas in 1917 terug naar Rusland – na de Februari Revolutie maar voor de Oktober Revolutie.

Hij zet zich in voor verschillende anarchosyndicalistische publicaties en reist het land rond om anarchistische ideeën te verdedigen, de anti-autoritaire organisatievormen te verspreiden en de bolsjevistische manipulaties te verhinderen. Volin neemt ook deel aan de revolutionaire beweging van de Makhnovtsjina in de Oekraïne, die afwisselend moeten strijden tegen de Witte legers en de Rode legers die aan het leiderschap van de bolsjevieken gehoorzamen.

In december 1920 wordt hij gearresteerd door de nieuwe communistische macht; eerst ter dood veroordeeld door Trotsky, daarna opgesloten in de bolsjevistische kerkers, wordt hij ten slotte na internationale druk van de vakbonden, verbannen. In 1938 begint hij aan De ongekende Revolutie, waarin hij het verhaal van de Russische revolutie uit anarchistisch perspectief vertelt en verdedigt tegen de leugens en verdraaiingen van het bolsjevistische regime.

 

Boek I.   Geboorte, groei en triomf van de Russische Revolutie; 1825 – 1917

Boek II.   Het bolsjevisme en de anarchie

Boek III. De strijden voor de ware sociale Revolutie; 1918 – 1921

Zo d’Axa – Van Mazas naar Jeruzalem

Boek – 152 p. – 5 euro

« Niets hecht ons nog aan het verleden, maar de toekomst verduidelijkt zich nog niet.

En allicht worden we slecht begrepen, zoals vreemdelingen, en het is hier en het is daar, het is overal dat we vreemdelingen zijn. »

Zo d’Axa is aan het einde van de 19de eeuw actief in de anarchistische kringen, hoewel zijn individualistische ideeën altijd het etiket ‘anarchist’ zullen weigeren. In 1891 richt hij het blad L’Endehors op. Na de arrestatie van Ravachol en zijn metgezellen, start Zo d’Axa een steunactie voor de kinderen van de gevangen kameraden en verdeelt het geld onder de gezinnen. Dat leidt tot zijn arrestatie voor “deelname aan een samenzwering.” Opgesloten in de gevangenis Mazas, weigert hij om ondervragingen te beantwoorden of om iets te ondertekenen. Op borgtocht vrijgelaten na een maand zegt Zo d’Axa ironisch: “Onze arme vrijheid, altijd tijdelijk. “

Na zijn vrijlating vermenigvuldigt Zo d’Axa zijn virulente pamfletten tegen de bestaande orde. Wanneer de dreiging van de gevangenis opnieuw boven zijn hoofd hangt, verlaat Zo d’Axa Frankrijk voor Londen. Van daar vertrekt hij naar Nederland, Duitsland, Italië, Griekenland, Turkije om uiteindelijk in Palestina aan te komen, zelden met rust gelaten door de politiediensten.

VAN MAZAS NAAR JERUZALEM is de autobiografie van een anarchistisch individu geworpen in het midden van de periode van de “de propaganda van de daad”. Maar naast een persoonlijk relaas van deze turbulente tijden, is het ook een ontdekkingsreis van iemand die de marge opzoekt en nooit zijn kritische geest het zwijgen oplegt.

 

In de beklaagdenbank

Download In de beklaagdenbank in PDF.

Het is zinloos om struisvogel te spelen: vroeg of laat zal elk revolterend individu en elke autonome strijd botsen op de repressie, hetzij door de slagen te incasseren, hetzij door terug te deinzen tegenover de dreiging van die slagen. Het is dus zeker van belang om de repressie (in de meest brede zin van het woord) in het achterhoofd te houden, erover te discussiëren en de ideeën en perspectieven uit te diepen, je er technisch op voor te bereiden, maar altijd door het te verbinden met de sociale verhoudingen en de spanningen en conflicten in hun schoot. Evenmin bestaat er twijfel over de noodzaak om de materiële steun aan aangehouden of opgesloten kameraden te organiseren, zonder dat die evenwel het kader overschrijdt van de eenvoudige technische kwestie die ze is.

De repressie begrijpen en blijven beschouwen als eenvoudigweg een obstakel, en niet als een onoverkomelijke muur (en nog minder als de voornaamste muur), is zeker geen makkelijke opgave. En hier hebben we het niet louter over de jaren die we mogelijks in de bak zullen doorbrengen, maar ook over alles wat te maken heeft met de “preventieve” repressie, de surveillance en de vervolging in de brede zin van het woord. Vanaf vandaag en waarschijnlijk morgen nog meer, zullen we veel beroep moeten doen op onze creativiteit en verbeelding om het repressieve net te doorbreken, maar dat
is, zoals we al zeiden, slechts in mindere mate een kwestie van technieken en vermogens: het is vooral een kwestie van perspectieven, ideeën en projectualiteiten die uitgeprobeerd worden, gesmeed in de dagdagelijkse strijd.

Wat is terrorisme?

Download Wat is terrorisme? in PDF.

Je afvragen wat terrorisme is, is één van die vragen die schijnbaar nutteloos zijn omdat ze ertoe bestemd is een éénduidig antwoord te krijgen. In werkelijkheid – wanneer ze op een rigoureuze manier gesteld wordt – laat ze niet na verbazingwekkende reacties op te wekken. De antwoorden zijn eigenlijk altijd verschillend en tegenstrijdig.

Nochtans moet dit tienletterwoord wel degelijk een oorsprong, een geschiedenis hebben waarmee het mogelijk zou kunnen zijn om een betekenis af te leiden die in staat is om op z’n minst deels de ambiguïteiten die het gebruik ervan vandaag opwekt uit de weg te ruimen. En dat is inderdaad het geval.

Het recht op luiheid en individuele onteigening

Download Het recht op luiheid en individuele onteigening in PDF

 

« Jij daar, jij die een job hebt die je bevalt, die een zelfstandig beroep uitoefent en die de knoet van de baas niet té veel
voelt. Jij ook, uitgebuite, die zich onderwerpt door berusting of lafheid: hoe durf je zo hard diegenen veroordelen die
tot de aanval tegen de vijand overgegaan zijn?

Wij hebben je maar één ding te zeggen : “zwijg!”, uit eerlijkheid, uit waardigheid, uit trots. Voel je hun lijden niet? Hou je
bek! Heb je hun stoutmoedigheid niet in je ? Nogmaals, hou je bek !

Hou je bek, want je kent de folter van de gehate arbeid en uitbuiting niet. »

Errico Arrigoni

Qui a peur de l’insurrection ?

Commander ce livre ici.

Alfredo M. Bonnano – Qui a peur de l’insurrection ?

2012 – 182 p. -5 euros

Ce livre regroupe différents textes ayant trait à l’hypothèse insurrectionnelle, partant d’une critique des organisations anarchistes formelles et le gradualisme ambiant.  « L’insurrection de grandes parties ou de toute une population à un moment donné, présuppose quelques éléments déjà existants, à savoir la décomposition des conditions sociales et économiques, ou l’incapacité de l’Etat à maintenir l’ordre et à faire respecter les lois. Mais elle présuppose également l’existence d’individus et de groupes d’individus capables de saisir le bouleversement au-delà des singes extérieurs par lesquels ils se manifeste. Il faut donc, chaque fois, savoir regarder plus loin que les motivations souvent circonstancielles et secondaires qui accompagnent les premiers foyers insurrectionnels, les premiers affrontements, les premières escarmouches afin de pouvoir apporter sa propre contribution à la lutte, de ne pas la freiner ou la sous-estimer comme une simple réaction de souffrance confuse à l’égard de la domination politique en place. »

Voici le sommaire du livre:

La lutte révolutionnaire et l’insurrection

Qui a peur de la révolution ?

L’idéal en lambeaux

Des choses bien faites et de celles faites à moitié

Qu’est-ce que l’insurrection ?

La méthode insurrectionnelle

Affinité

Individu, groupe affinitaire et organisation informelle

Le projet révolutionnaire

La révolution et la réalité

Brique par brique – Se battre contre la prison et son monde (Belgique 2006 – 2011)

Commander ce livre.

2012 – 340 p. – 5 euro

Cinq années de troubles dans les prison belges. Cinq années de révoltes, de mutineries, d’évasions. Cinq années d’agitation, d’actions et d’attaques contre la prison et son monde. cinq années de douleurs, d’isolement, de punitions, de tabassages et de morts aussi. Cinq années de paroles qui esquissent la liberté et posent en conséquence la destruction nécessaire de tout ce qui lui fait obstacle. Cinq années sans trajectoire rectiligne, sans autre logique, sans autre rythme que les palpitations de la vie même et le combat pour la liberté qu’elle inspire. Ce livre n’est alors qu’une tentative de partager cette force vivante, qui a encouragé tant de prisonniers du dedans comme du dehors, tant de compagnons, tant d’inconnus et d’anonymes à se battre contre l’univers carcéral.

Ce livre rassemble textes, lettres, tracts, affiches, actions et attaques de ces dernières cinq années, issus de la lutte contre la prison et son monde.

Archipel – Affinité, organisation informelle et projets insurrectionnels

Télécharger Archipel – Affinité, organisation informelle et projets insurrectionnels en PDF.

Si la question n’est plus de comment organiser les gens pour la lutte, elle devient comment organiser la lutte. Nous pensons que des archipels de groupes affinitaires, indépendants les uns des autres, qui peuvent s’associer selon des perspectives partagées et des projets concrets de lutte, sont la meilleure manière pour passer directement à l’offensive. Cette conception offre la plus grande autonomie et le plus large champ d’action possibles.

A couteaux tirés

A couteaux tirés avec l’Existant, ses défenseurs et ses faux critiques

 

112 p. – 5 euro – co-édition de Mutines Séditions (Paris) et Typemachine (Belgique)

Commander ce livre.

 

Enfin, s’il est un point qui nous tient particulièrement à coeur, c’est de sortir de la tyrannie du nombre qui sert trop souvent d’excuse à la résignation ou à l’expectative. Agir à peu et sur des bases claires ne signifie en effet pas forcément agir isolément. Si on sait que quelques nuages noirs suffisent à obscurcir le ciel, on sait également que tout objectif de lutte spécifique que l’on pourrait mener à quelques-uns contient aussi en soi, potentiellement, la violence de tous les rapports sociaux. La question n’est alors pas de voir autour de soi un océan plus ou moins vaste d’esclaves, mais de savoir ce que nous voulons, nous.
« Il sera toujours temps de claquer la porte ; autant se révolter et jouer ».

 

 

 

Sur le banc des accusés

Télécharger Sur le banc des accusés en PDF.

Inutile de faire l’autruche : tôt ou tard, tout individu révolté et toute lutte autonome se heurtera à la répression, que ce soit en encaissant des coups ou en reculant devant la menace de ceux-ci. Dès lors, il est certes important à garder la répression (dans le sens le plus large possible) présente à l’esprit, en discutant et en approfondissant idées et perspectives, voire de s’y préparer techniquement, mais toujours en la reliant avec l’ensemble des rapports sociaux et des tensions et conflits en leur sein. Aucun doute non plus sur la nécessité d’organiser le soutien matériel aux compagnons arrêtés ou incarcérés, sans que pour autant celle-ci dépasse le cadre de simple question technique.

Comprendre et continuer à considérer la répression simplement comme un obstacle, et non comme un mur infranchissable (et encore moins le plus important), n’est certes pas tâche facile. Et nous ne parlons pas uniquement des possibles années de taule, mais aussi tout ce qui a trait à la répression « préventive », la surveillance et les poursuites au sens large du terme. Aujourd’hui déjà et probablement demain encore plus, nous devrons faire appel à notre créativité et notre imagination pour briser l’étau répressif, mais ceci n’est, comme nous le disions auparavant, que dans une moindre mesure une question technique et de capacités : c’est surtout une question de perspectives, d’idées et de projectualités mises à l’épreuve, forgées dans la bataille au quotidien.

Blanqui ou l’insurrection d’Etat

Télécharger Blanqui ou l’insurrection d’Etat en PDF.

Louis Auguste Blanqui (1805-1881) nous laisse au mieux un slogan et un livre. Le premier est ce Ni Dieu ni Maître qui fut le titre du journal qu’il fonda en novembre 1880, quelques mois avant sa disparition. Le second est le fascinant L’Eternité par les astres, une méditation sur l’existence de mondes parallèles et sur l’éternel retour. Un cri de bataille et un ouvrage philosophique d’astronomie : voilà tout ce qui mérite d’être retenu de Blanqui. Le reste, nous le laissons volontiers à la poubelle de l’histoire, qu’il s’agisse de ses autres journaux (comme La patrie en danger) ou de sa politique avant-gardiste et autoritaire.

Tous ne partagent pourtant pas cette conviction, à tel point que ces derniers temps, certains s’évertuent même de remettre à l’honneur ce nom qui semblait destiné à l’oubli. Sa redécouverte a été menée par les subversifs autoritaires les plus énergiques et les moins rigides, habiles dans l’art de flairer l’air du temps.

Bref voyage dans la prison sociale

Télécharger Bref voyage dans la prison sociale en PDF.

Enfermer un être humain dans quelques mètres carrés pendant des mois et des années. Le contrôler, l’épier, l’humilier, le priver de ses affects. La prison est sans conteste une forme de torture. Et pourtant, malgré l’abomination de la torture, la société ne peut se passer de prison. Mieux, on pourrait dire que la prison n’est pas une simple émanation de l’Etat qui vise à réprimer et/ou isoler des êtres humains « déviants », non conformes, superflus ou indésirables. C’est au contraire une pièce organique de la société. A bien regarder l’évolution des choses, on pourrait défendre que la prison n’est pas une extension de la société, mais que la société est une extension de la prison. Autrement dit, la société toute entière est une prison dans laquelle les pénitenciers ne sont que l‘aspect le plus évident et brutal d’un système qui nous rend tous complices et victimes, tous enfermés.

Ce texte se veut un bref voyage à l’intérieur des « quartiers et des sections » de notre monde, un voyage qui n’a pas la prétention d’épuiser le sujet mais veut pointer les responsabilités, parce que, comme on l’a déjà dit plusieurs fois : l’injustice a un nom, un visage et une adresse.

COPEL, tunnels et autres apports de groupes autonomes

Télécharger COPEL, tunnels et autres apports de groupes autonomes en PDF.

« La taule était juste sur l’allée Petxina, dans le vieil édifice qu’on aperçoit : La prison Modelo, ok ? Il y avait aussi des émeutes, les gens qui s’y intéressaient et l’entendaient accourraient immédiatement. La tactique la plus utilisée était de grimper sur les toits pour y déployer une banderole, et foutre le feu à la taule, ce qui était joli à voir. Ça pour ceux de l’intérieur. Dans les rues autour de la prison, il y avait de temps en temps des affrontements avec les flics qui à l’époque chargeaient directement. On élevait des barricades, par exemple de pneus enflammés. Bon, voilà en quelque sorte l’ébauche des événements dont on est supposé causer. À partir de là, il vaut mieux que vous posiez des questions. »

 

Echapper à l’oubli (première tentative)

Télécharger Echapper à l’oubli (première tentative) en PDF.

« J’ai toujours gardé en tête cette image de moi-même, regardant inconsciemment les hauts murs surmontés de barbelés à chaque fois que je passais devant une prison. Devant quelle prison ? Eh bien, chaque fois que j’allais rendre visite à des amis dans le quartier de Nikea en moto et que je descendais la rue Grigoriou Lambraki, la prison de Korydallos avec ses murs de pierre attirait mon regard. Je ne sais pas pourquoi cela advenait.»

L’anarchiste Giannis Dimitrakis avait été arrêté et gravement blessé par balles (policières) le 16 janvier 2006, suite au braquage de la Banque Nationale de la rue Solonos à Athènes. Finalement condamné à 12 ans et demi, il est sorti en conditionnelle au printemps de 2012.

Niet morgen, vandaag!

Niet morgen, vandaag! – Albert Libertad

Bundeling van teksten uit Le Libertaire en l’anarchie (1897-1908)

166 p. – 5 euro

Dit boek bestellen kan via hier.

Libertad wijst onophoudelijk op de volheid van het leven, weigert elke scheiding tussen de verschillende aspecten. Zijn revolte is ondeelbaar, verdraagt geen uitstel en uit zich op alle momenten – gepast of ongepast, gewenst of ongewenst, klein of groot. Voor hem geen scheiding tussen de grote strijden en de kleine gevechten, hij verweeft alles door elkaar, alle mogelijke banden, omdat het overal hij, zijn individualiteit is die op het spel staat en zich op het spel zet.

« Ik wil geen deel van vandaag ruilen voor een fictief deel van morgen, ik wil niets van het heden loslaten voor de wind van de toekomst. » – Albert Libertad